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L'Homme diminué


L’intelligence artificielle (IA) est l'ensemble des théories et des techniques développant des programmes informatiques complexes capables de simuler certains traits de l'intelligence humaine (IH) comme le raisonnement, le calcul, l’apprentissage…(1)

Certains laissent entendre que l’IA pourrait surpasser l’IH nous laissant croire que l’humain pourrait être un jour sous la domination de robots.

Mais il semblerait plutôt qu’il ne faille pas assimiler l’une des intelligences à l’autre. L’équation simple suivante semble alors plus adaptée : IH + IA = IHA. Ainsi, les 2 intelligences s’ajoutent et se complètent.



D’autant que certains aspects, nombreux, de l’intelligence humaine ne sont pas imités à ce jour par l’intelligence artificielle et certains experts informatiques pensent qu’il ne sera même pas possible de développer des systèmes artificiels aussi complexes que ceux de l’intelligence humaine incluant les émotions par exemple.

Depuis que les machines existent, elles nous servent à réaliser des tâches ingrates, en série, que nous ne pourrions pas faire de nos mains en si grande quantité et aussi vite. L’industrialisation et les progrès technologiques ont modifié en profondeur nos rapports aux objets et aux distances, notre rapport au travail, nous transformant en consommateurs classés par Catégories Socio-Professionnelles définissant notre pouvoir d’achat. L’humain est devenu un consommateur dans une société globalisée du capitalisme.


L’informatique et l’arrivée des smartphones nous ont fait basculer dans une nouvelle ère, celle de l’externalisation d’une partie de notre cerveau dans des téléphones intelligents connectés.

Nous n’avons plus besoin d’apprendre par cœur puisqu’en un instant Google peut répondre pour nous à la question, alors pourquoi faire l’effort de l’apprentissage ?

Nous avons ainsi plus de temps pour nous distraire avec des séries Netflix et des vidéos en continu sur Youtube, Instagram... Google maps nous emmène à destination, pourquoi donc faire l’effort de se repérer dans l’espace ?

Plus le temps passe et moins nous avons besoin de faire d’efforts, de nous déplacer ou de nous souvenir, Facebook nous envoie même des notifications pour les anniversaires de nos proches et nous suggère de repartager des souvenirs dont nous ne nous souvenions déjà plus.


Nous sommes connectés et même tous les services publics et administratifs sont gérés par les GAFAM. Les bureaux de postes ferment, nous sommes obligés d’assister nos aînés dans certaines tâches dématérialisées auxquelles ils n’ont pas accès (comme la prise de RDV pour aller se faire vacciner contre le COVID).

Mais de notre côté, nous, les générations smartphone avons de moins en moins accès aux banales tâches qui permettaient à nos ancêtres d’être autonomes, d’être libres et de subvenir à leurs besoins primaires (cultiver son jardin, se nourrir par soi-même, se déplacer à pied et garder la santé grâce à l’exercice physique utile au quotidien...).

Nous arrivons à un niveau d’artificialisation qui dépasse notre nature humaine, qui nous rend incapables d’autonomie, de survie.


Ainsi, aujourd’hui, dépourvus de nos smartphones, de connexion Wifi nous sommes des êtres "diminués" puisque grâce aux objets connectés, nous sommes des êtres "augmentés" connectés aux autres et au monde entier.

Les smartphones sont une sorte d’extension de nous-mêmes, non seulement une mémoire externe mais aussi un outil de communication extraordinaire.


Pourtant cette mémoire externe ne nous appartient pas, c’est une mémoire "collective" qui s’appelle Google (le plus souvent en occident) ou Baidu en Chine. C’est aussi une mémoire sélective qui trie en continu et à une vitesse toujours plus vertigineuse les milliards de milliards de données générées par tous et tout le temps, dans le monde entier.

Cette mémoire nous envoie en premier les informations qui ont reçu les meilleures notes de référencement de Google en fonction des critères de cette société privée, américaine qui ne paye pas d’impôts en France et dans bon nombre de pays et dont le Business Model est la publicité...


Nous sommes des humains artificialisés (mais aussi diminués) des sortes de post-humains, et nous continuerons à le devenir malgré nous dans ce processus qu’on nous présente comme irréversible mais qui pourtant marquera bien un arrêt définitif au moment de l’effondrement de notre planète que les scientifiques peuvent prédire pour 2050 (2).




L’auteur Olivier Rey, dans son ouvrage Leurre et malheur du transhumanisme considère ainsi que la question du transhumanisme est un leurre qui nous détournerait des enjeux du présent.


Mais serons-nous bientôt de vrais transhumains, comme on le voit dans les films de science-fiction ?

Cette mémoire collective pourra-t-elle être implantée dans notre cerveau de sorte que nous n’ayons même plus l’effort à faire de prendre l’objet smartphone dans nos mains, de taper notre requête ou de la dicter ?


Nous n’aurons peut-être qu’à penser à la question et Google enverra la réponse la plus fiable à notre réseau de neurones qui sera en mesure d’envoyer l’information directement à notre bouche, qui articulera la réponse.

C’est si simple. Nous y sommes, d’autant plus que les smartphones sont des nids à COVID, il vaut mieux s’en débarrasser et laisser place au "sans contact" !

Mais que se passera-t-il lorsque notre mémoire collective fera contact avec nos émotions ? Que la rapidité de l’artificiel se heurtera encore plus à la lenteur humaine, à son rythme naturel ?


Selon Olivier Rey, le transhumanisme - la promesse de vivre éternellement, avec des capacités augmentées - est un leurre. « Si pareil leurre peut fonctionner, c’est que l’artificialité des modes de vie contemporains nous a fait perdre le sens des réalités. Notre rapport au monde est tellement médiatisé par toutes sortes de dispositifs, que nous ne mesurons plus notre dépendance à l’égard de la nature ni la précarité grandissante de notre condition. Et plus le degré de richesse augmente, plus se renforce l’impression de disponibilité infinie des choses. »


Mais en 2021, au cœur de cette crise sanitaire du COVID 19, l’humanité a reçu un électrochoc. Elle pourrait bien se réveiller et reconsidérer les véritables enjeux du présent et, en premier lieu, sa dépendance à la nature.


En espérant que cette crise ne nous oblige pas à avoir recours systématiquement au télétravail, à la distanciation sociale et à l’artificialisation totale des rapports humains.


Au jeu du "Tu préfères" tant apprécié de nos enfants, nous pourrions poser la question :

"Tu préfères vivre longtemps et seul à distance des autres ou moins longtemps dans les bras de ceux que tu aimes ?"


(1) Définition n° 1 sélectionnée par Google dans ses résultats de recherches

(2) Leurre et malheur du transhumanisme - Olivier Rey - 2020